Un refus brésilien d’extrader Cesare
Battisti indignerait toute l’Italie
Avant de quitter le pouvoir, le
président Lula devait décider d’extrader ou non l’ancien
terroriste italien
Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva lors
d'une conférence de presse lundi 27 décembre à Brasilia
(Photo : AP/Eraldo Peres).
« Cesare Battisti peut être qualifié d’ex-terroriste, mais
c’est un assassin et il ne pourra jamais être qualifié d’ex-assassin.
Refuser son extradition, c’est nier le droit à la justice
réclamé par les familles des victimes depuis trente ans ! »
Pour l’avocat Dante Notaristefano, président de
l’association des familles des victimes du terrorisme en
Italie (Aiviter), dont la voix tremblante trahit
amertume et colère, « accorder le statut de réfugié
politique à l’ex-activiste, membre des Prolétaires armés
pour le communisme (PAC), au motif que “sa vie serait en
danger” s’il était extradé, cela signifie ne pas reconnaître
que l’Italie respecte les conventions sur les droits de l’homme
».
Extrader ou non l’ancien activiste italien d’extrême gauche,
écroué depuis trois ans
au Brésil, où il avait fui, était jeudi 30 décembre entre
les mains du président Lula. C’était l’une des toutes
dernières décisions que devait prendre le chef de l’État
avant de laisser la place à Dilma Rousseff.
«Un homme qui a choisi la violence et l’homicide»

En
cas de refus, Rome assurait jeudi n’avoir donné aucune
garantie à Brasilia pour éviter la polémique. « Refuser l’extradition
d’un criminel, condamné à la réclusion à perpétuité pour
quatre homicides, commis entre 1978 et 1979, serait un geste
d’une telle hostilité envers notre pays qu’il porterait
inévitablement préjudice aux relations bilatérales », a
martelé Fabrizio Cicchitto, un des dirigeants du Peuple de
la liberté, la formation de Silvio Berlusconi.
« Plusieurs ministres sont prêts à toute initiative de
boycottage, a renchéri le ministre de la défense, Ignazio La
Russa. Je déconseillerais à quiconque de se rendre dans un
pays où les assassins sont laissés en liberté. »
L’opposition se place sur la même ligne que celle des
représentants des familles des victimes et de la droite au
pouvoir. Les dirigeants du Parti démocrate ont même lancé un
appel
in extremis au président Lula, l’exhortant à
concé der l’extradition « d’un homme qui a choisi la
violence et l’homicide comme instruments de lutte contre les
institutions démocratiques et qui doit régler ses comptes
avec la société ».
Au-delà des déclarations, les Italiens retiendront surtout
les images montrant un homme en fauteuil roulant. Il s’agit
d’Alberto Torregiani, fils du bijoutier tué par Cesare
Battisti en 1979 et lui-même blessé au cours de la fusillade.
Selon lui, le refus de l’extradition constituerait un
précédent gravissime.
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Anne Le NIR, à Rome
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